“LE MONDE” SU VENEZIA (29.08.11)

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Venise Envoyé spécial – Il est toujours là, grand comme un terrain de football, à quelques mètres de la mer. Bâché de plastique blanc, entouré de palissades pour le cacher à la vue des festivaliers qui, à partir du mercredi 31 août, assisteront à la 68e Mostra de Venise. Ce trou où devaient s’élever les fondations du nouveau palais du cinéma à grande capacité, un temps jugé indispensable à la survie de la manifestation, a fait coulerbeaucoup d’encre et englouti plus de 30 millions d’euros, alors que le budget total prévu pour l’édifice avoisine 100 millions d’euros.

Après deux ans d’excavations, les travaux sont désormais arrêtés, alors que le palais aurait dû sortir de terre cette année, pour les 150 ans de l’unité italienne. Tout est allé de travers. La vente des terrains de l’ex-Ospedale al Mare, sur le Lido, qui devait financer la construction, n’a rapporté que 60 millions d’euros. L’amiante retrouvé dans le sous-sol où avaient été enfouies de vieilles cabines de bain en matériaux Eternit a considérablement alourdi les coûts. A quatre mètres de profondeur, on en trouve encore. L’entreprise chargée des travaux, la Sacaim, est au bord de la faillite. “A Venise, l’imprévisible est chez lui”, philosophe un conseiller du ministère de la culture.

Mais ce trou béant était un symbole un peu lourd. Symbole d’une administration locale et d’un Etat imprévoyants. Symbole d’un festival incapable de se tourner vers le futur pour faire face à la concurrence de Cannes, Berlin, Toronto. Symbole aussi d’une Italie berlusconienne à la dérive…

Pour déjouer les clichés, il a fallu les retourner comme peau de lapin. Paolo Baratta, président de la Biennale, s’y emploie. Cet homme jovial et ironique, 72 ans, deux fois ministre, membre d’une quantité de conseils d’administration et vigneron à ses heures dans le sud de la Toscane, a décidé de reprendre les choses en main. “En creusant un trou, explique-t-il dans le vaporetto qui l’amène du siège de la Biennale, à l’entrée du Grand Canal, jusqu’au Lido, nous avons retrouvé nos origines.”

“Repartons de l’histoire” : ce sera le leitmotiv de ce vendredi 26 août, où M. Baratta, accompagné du maire de Venise, Giorgio Orsoni, a dévoilé à la presse les nouvelles installations de la Mostra comme autant de signaux envoyés au monde du cinéma de la vitalité du festival. Au lieu d’un nouveau palais, les festivaliers vont retrouver une grande salle redécorée comme à l’époque de sa naissance en 1937 sur les plans de l’architecte acousticien Luigi Quagliata : plancher en hêtre brun, sièges de velours de lin beige et marron. En dix mois et pour 3,8 millions d’euros, tout a été remis dans son jus. “En Italie, la restauration est un amusement. Nous avons tellement d’artisans qui savent tout faire”, s’amuse M. Baratta. L’année prochaine, ce sera au tour de la salle de la Darsena (1 400 places) de faire peau neuve dans le même esprit de retour vers le passé. “Nous avons moins besoin d’un monument que de nouvelles salles”, explique le patron de la Biennale.

Et pour les fêtes et les cocktails d’après projection ? Aux traditionnelles terrasses des palais vénitiens s’ajouteront cette année de nouveaux espaces, comme le salon et le restaurant du petit aéroport Nicelli, joyaux d’architecture années 1930. Ou la cour de la caserne Pepe, construite au XVIe siècle sur le lieu d’où partit, en 1202, la quatrième croisade… Quel festival peut en faire autant ? M. Orsoni, le maire qui a confié la concession de ces nouveaux lieux à la Biennale, renchérit : “Nous ne sommes pas restés assis à attendre notre nouveau palais. Ce sera la Mostra de la vitalité retrouvée.”

Reste que le trou est toujours là, cadavre encombrant, témoin des vieux rêves de grandeur. Qu’en faire ? “Nous avons repensé le projet”, explique Vincenzo Spaziante, commissaire extraordinaire du gouvernement pour la restructuration du Lido. Et revu le vocabulaire, pourrait-on dire. Désormais, à Venise, on ne parle plus de “palais du cinéma”, mais de “palais des congrès”. Si celui-ci voit le jour, il s’inscrira dans une vaste opération de requalification du Lido, pour lequel le groupe d’investisseurs Est Capital, basé à Padoue, est prêt à investir 1 milliard d’euros.

Boudé par les touristes, qui préfèrent les parcours fléchés entre la place Saint-Marc et le pont du Rialto, le Lido veut retrouver son prestige. La restauration de l’Hôtel des Bains témoigne de cette volonté. Seuls deux étages de l’édifice conserveront une vocation hôtelière de luxe, le reste deviendra une résidence, où le prix des appartements qui ont commencé d’être mis en vente dépasse 15 000 euros le mètre carré. Un nouveau port de 500 places devrait être construit. “Tous les grands festivals sont liés à des villes qui offrent ce genre de structure d’accueil”, explique M. Spaziante, à qui l’association écologique Legambiente a remis son “drapeau noir”, l’accusant de vouloir bétonner le Lido.

Philippe Ridet

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